A Digeliotika, Andréas, 83 ans, s’occupe du puits qui irrigue 40 propriétés. Il est hydronome, c’est-à-dire qu’il organise la distribution en fonction de la demande sur une période de 15 jours, pendant les mois d’été et parfois en automne ou au printemps quand il ne pleut pas. Il se rend au puits plusieurs fois par jour pour mettre en route la pompe, diriger l’eau dans les canaux grâce à des clapets jusqu’au verger souhaité puis arrêter la pompe ou diriger l’eau ailleurs. Il marche beaucoup et lorsqu’il passe devant la maison, on comprend qu’il en a plein les bottes. Parfois, on le voit passer derrière une mobylette ou dans une voiture. Parfois, au retour, il s’arrête pour boire un café à l’ombre, devant la maison et il raconte ses souvenirs de la guerre civile, des maquisards communistes qui descendaient des montagnes pour chercher à manger… Souvent il doit déboucher les canaux encombrés par des végétaux et des ordures. Souvent il doit trancher pour endiguer les disputes entre utilisateurs, chacun voulant l’arrosage avant l’autre. Il doit aussi surveiller les éventuels détournements d’eau. Les canaux d’irrigation reçoivent aussi l’eau de la rivière gérée par un autre hydronome, plus jeune ; il faut donc partager l’occupation des canaux entre les tenants de la rivière et ceux du puits, ce qui génère d’autres disputes et d’autres arbitrages.
L’argent versé, à chaque arrosage, à l’hydronome permet de régler les factures d’électricité, l’entretien de la pompe et le maigre salaire de ce dernier. Depuis longtemps, Andréas cherche quelqu’un pour le remplacer, mais il ne trouve personne qui veuille pratiquer ce beau métier de maître des eaux.
Grâce à l’irrigation, la plaine littorale d’Aigion est plantée d’orangers et de citronniers qui donnent leurs fruits pulpeux toute l’année. Qu’en sera-t-il dans quelques années ?














